Entrée en vigueur du RGPD : quelles conséquences en Suisse ?

Les Suisses sont tous concernés par l’entrée en vigueur, le 25 mai, du Règlement général sur la protection des données. Ils seront mieux protégés sur internet et pourront faire valoir davantage de droits auprès de centaines de milliers de fournisseurs de services, tant américains, européens que suisses.

Les Suisses sont d’autant plus visés par le RGPD que des entreprises helvétiques comme Logitech, le service de mesures sportives Datasport ou encore l’IMD de Lausanne ont envoyé des courriels similaires à leurs contacts. Une preuve supplémentaire que ce règlement touche tous les Suisses. En parallèle, Google, Facebook ou WhatsApp ont modifié leurs conditions générales, qui s’appliquent de la même façon pour les Européens et, encore, les Suisses.

1. Une récolte minimale de données

Dès le 25 mai, les entreprises ne doivent récolter qu’un minimum de données utiles sur leurs clients. Une société qui vend par exemple des parfums via internet n’a besoin de connaître ni le numéro de téléphone de ses clients, ni leur nombre d’enfants. L’expéditeur d’une newsletter n’a pas non plus, a priori, à savoir votre âge ou votre sexe. Mais voilà, le RGPD ne précise pas quelles sont ces données minimales à récolter. «Le responsable de traitement doit déterminer si et quelles données personnelles sont nécessaires pour atteindre le but qu’il poursuit et il doit être en mesure de démontrer que ces données sont vraiment nécessaires», explique Jean-Philippe Walter.

2. Un droit à l’oubli… tout relatif

Le RGPD stipule noir sur blanc qu’un prestataire de services doit, si un client le demande, effacer toutes les données qu’il possède sur lui. Là encore, peut-on lui faire confiance? «Il devra le faire s’il n’a pas de motif légitime prépondérant justifiant la conservation des données», estime Jean-Philippe Walter, qui précise que «la loi sur la protection suisse actuelle permet déjà à un internaute de demander à un responsable de traitement d’effacer les données le concernant».

3. Un consentement mieux demandé

En théorie, le RGPD impose aux entreprises de demander clairement à l’internaute le droit d’utiliser son adresse e-mail, comme le font actuellement le FC Barcelone ou Logitech. «Selon une lecture stricte du règlement, l’approche opt-out, en matière de consentement, devrait disparaître», estime Michel Jaccard. Ainsi, il n’y aura plus de consentement passif (opt-out) de l’internaute, mais celui-ci devra lui-même, volontairement (opt-in) s’inscrire à un service ou donner son adresse email.

4. Une portabilité des données à tester

Avec le nouveau règlement, il sera possible de prendre toutes ses données personnelles chez un prestataire pour les utiliser chez un autre. «Par exemple, un consommateur qui veut changer d’opérateur téléphonique pourra recevoir les données qu’il a transmises lors de la conclusion de son abonnement pour les transmettre aux nouveaux opérateurs», indique Jean-Philippe Walter. Attention, au vu du projet de nouvelle loi suisse sur les données, la portabilité ne sera pas imposée aux entreprises helvétiques.

5. Des actions collectives pour la Suisse

Autre nouveauté: la possibilité d’intenter, en justice, des actions de groupe (class actions) contre une société qui aurait trahi la confiance d’internautes. Et ce sera aussi possible pour les internautes suisses. «La loi suisse ne prévoit pas de class actions,une action collective d’internautes suisses ne pourrait s’effectuer qu’à l’égard d’entreprises européennes», précise Jean-Philippe Walter.

6. Des entreprises suisses concernées

Si une société suisse ne compte que des clients en Suisse, elle n’a pas besoin de se conformer au RGPD. Mais cela ne concernerait que 20% des entreprises suisses. «Les sociétés se sentent d’abord un peu déboussolées face à ce règlement, mais elles prennent en général au sérieux la conformité avec le RGPD et la future loi suisse sur les données personnelles», affirme Michel Jaccard. La loi helvétique actuelle, qui date de 1992, est en cours de révision: elle devrait fortement s’inspirer du RGPD mais n’entrera pas en vigueur avant un ou deux ans.

Source : Le Temps

La protection des données, un levier de confiance et de croissance

Le respect de la sphère privée est un puissant facteur d’innovation, écrit Pierre Maudet, conseiller d’Etat responsable de la Sécurité et de l’économie du canton de Genève. Alors qu’entre en vigueur le nouveau règlement européen, la Suisse se doit de saisir cette évolution pour renforcer sa compétitivité

Le RGPD est une formidable opportunité. Il ne s’agit pas uniquement pour les entreprises de mettre en conformité leurs pratiques de gestion des données personnelles, mais d’en profiter pour s’adapter au monde numérique. Ce règlement offre ainsi l’occasion de s’interroger sur ce qu’il est possible de faire de ces paramètres individuels – stockés, analysés et obtenus notamment via la Toile –, tout en s’attaquant aux enjeux de la sécurité informatique. J’en appelle donc à une accélération du processus de révision de la législation suisse sur la protection des données (LPD). Il en va de la compétitivité économique du pays.

Le véritable défi d’après le 25 mai 2018 n’est pas tant de satisfaire au RGPD. Mais plutôt de faire durer l’engagement et poursuivre dans le temps les efforts. Il s’agit surtout de maintenir à l’état de l’art l’ensemble des procédures et les environnements techniques mis en place pour honorer la nouvelle réglementation européenne. Les données sont le carburant qui alimente la nouvelle économie. La confiance est quant à elle le lubrifiant qui graisse les rouages du système numérique. Faisons donc en sorte de permettre au moteur suisse de l’innovation de tourner à plein régime.

Source : Le Temps

Le Conseil fédéral admet les risques d’un retard suisse sur la protection des données

Alors que le nouveau règlement européen sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur ce 25 mai, l’agenda législatif suisse qui prévoit une révision de la LPD (Loi fédérale sur la protection des données) inquiète. Vingt-cinq acteurs romands du numérique avaient déjà pressé le Conseil national de reconsidérer le calendrier de mise à jour de ce texte qui date de 1992. Le 15 mars dernier, la conseillère nationale Valérie Piller Carrad (PS, Fribourg) a interpellé le Conseil fédéral quant à l’impact que ce retard législatif pourrait avoir sur la compétitivité des entreprises suisses.

Dans sa réponse formulée au début de ce mois de mai, l’organe exécutif ne se montre absolument pas rassurant sur les conséquences probables du retard du cadre suisse sur le cadre européen. Morceaux choisis:

«Si la Commission européenne arrive à la conclusion […] que la législation suisse n’offre plus un niveau de protection adéquat […] elle pourra révoquer, modifier ou suspendre la décision d’adéquation. Dans un tel cas, la libre circulation des données personnelles entre la Suisse et l’UE ne serait plus garantie. L’économie, et en particulier les PME, s’en trouveraient pénalisées.»

«Si la législation fédérale sur la protection des données ne devait pas être adaptée au standard européen, la sphère privée d’un consommateur établi en Suisse serait moins bien protégée que celle d’un consommateur établi dans l’UE alors qu’ils profitent des mêmes prestations offertes par une entreprise suisse.»

«Un cadre juridique clair facilite les activités économiques. Or un retard dans la révision de la LPD crée une insécurité juridique.»

L’agenda de la révision de la LPD semble néanmoins figé. Le 13 avril dernier, la Commission des institutions politiques du Conseil national a confirmé un planning en deux étapes. Cette commission parlementaire «a adapté la législation suisse aux exigences du droit européen (directive 2016/680)», expliquait-elle dans un communiqué. La mise en oeuvre de cette directive devrait avoir lieu après son examen par le Conseil national lors de la session d’été. Session durant laquelle les députés décideront également s’ils approuvent «la scission du projet de révision du droit de la protection des données.» Le débat reste ouvert…

Source : ICT Journal

Marketing numérique: qui achète nos données?

Sur le marché du big data, il existe une multiplicité d’acteurs. Tous ont pour but de faire de la publicité ciblée, qui aura un impact moyen d’environ 10% supérieur à celui d’une affiche dans la rue. Le modus operandi est toujours le même: pour promouvoir leurs produits, les entreprises embauchent en général une agence de publicité pour réaliser une campagne. En Suisse, il peut s’agir de Nestlé, BMW, mais aussi d’institutions publiques ou d’assurances maladie, qui peuvent faire appel pour leur communication aux principaux acteurs de la place: Mediacom (WPP), OMD (Omnicom), Wavemaker (WPP), Havas Media, Zenith (Publicis), Carat (Dentsu) ou Mediatonic.

Ce sont eux, souvent, qui achètent nos données obtenues via les cookies, ces fichiers qui traquent nos préférences sur internet. Comment s’y prennent-ils pour les dénicher? Parmi les centaines d’entreprises tierces qui gravitent dans cette galaxie des données se trouve Stailamedia, à Zurich. La société fournit à ses clients des panels de consommateurs. «Par exemple, si mon client est un fabricant de couches, je peux chercher des internautes qui surfent sur des blogs liés à la maternité», explique son directeur et cofondateur Raphael Oppenheim.

Les agences de publicité ne sont pas les seules à acheter ces données. Quelques entreprises de grande taille ont fait le choix d’internaliser leur service de marketing numérique. Elles se mettent donc à constituer un listing complet sur la base des données achetées lors d’une campagne, mais aussi de celles récoltées sur leur site ou dans leur magasin. Elles sont rares à rendre public ce développement de leur data management platform. C’est le cas de La Poste française, par exemple, de Procter & Gamble, ou encore de la chaîne TF1.

La concentration des données chez les annonceurs eux-mêmes met à mal les agences de publicité. Dans tous les cas, le marché va évoluer dans les semaines à venir, avec l’entrée en vigueur du nouveau Règlement européen sur la protection des données (RGPD), qui s’appliquera en partie en Suisse, et qui interdit d’enregistrer des données sans l’accord explicite de l’internaute.

Source : Le Temps