« Les relations sino-suisses : Économie contre Influence » par Jocerand Duthoit

La République Populaire de Chine (RPC) et la Confédération Suisse entretiennent des relations privilégiées depuis près de 70 ans. La Suisse bénéficie d’opportunités économiques majeures en échange de son influence diplomatique et financière. Elle participe ainsi à la montée en puissance de la Chine qui l’exposerait à d’éventuelles tensions avec ses partenaires occidentaux.

Berne est un interlocuteur stratégique de Pékin en Europe selon l’analyse que nous livre Jocerand Duthoit, consultant en intelligence économique chez Geneva Intelligence, dans son article « Les relations sino-suisses : Economie contre Influence ». L’analyste y dépeint les relations entre la Chine et la Suisse comme mutuellement bénéfiques. D’un côté, la Suisse renforce la crédibilité de la Chine dans les secteurs bancaires ainsi que financiers, et constitue un relai d’influence auprès de la communauté internationale. De l’autre, la Chine représente un marché colossal pour les biens et services suisses de même qu’une source d’investissements.

Ces bonnes relations, renforcées par un accord de libre-échange en 2014, ont des répercussions sur la performance économique des deux pays. D’après le Secrétariat d’État à l’économie, les exportations suisses en Chine sont passées de CHF 5,4 milliards en 2007 à CHF 25 milliards en 2017. Parallèlement, les importations chinoises en Suisse sont passées de CHF 4,8 milliards en 2007 à CHF 13,1 milliards dix ans plus tard. Les échanges commerciaux, tout comme les investissements directs, ont massivement augmenté sur cette période, avant tout au profit de la Suisse. La contrepartie chinoise est d’une autre nature que commerciale et économique selon l’analyste.

Partant d’une volonté d’approfondir ses liens dans le secteur financier, la Chine accentue intelligemment sa présence dans les marchés helvètes pour accéder à des compétences et à des places financières internationales. Ainsi, en octobre 2015, la China Construction Banka a obtenu une licence bancaire délivrée par l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) pour démarrer ses activités à Zürich. L’expertise helvétique en matière financière est telle que la Bank of China a décidé d’ouvrir une filiale à Genève en juin 2018. L’addition de la licence bancaire à l’autorisation chinoise donnée à ses banques d’utiliser le Yuan pour réaliser des opérations financières, permet à la Chine de se positionner sur le marché financier suisse. 

La Suisse offre aussi un accès privilégié aux organisations internationales. La forte présence chinoise renforce sa capacité de dialogue avec la communauté internationale et, par conséquent, sa crédibilité diplomatique. En outre, la Suisse apparaît comme un « ambassadeur européen » qui promeut le projet de la Route de la Soie au sein de la communauté internationale. Selon Jocerand Duthoit, la Suisse « appuie ouvertement la stratégie géopolitique et géoéconomique de la Chine » afin de positionner son territoire comme une étape incontournable du projet en Europe. La Suisse participera d’ailleurs à la deuxième édition du Belt and Road Forum fin avril 2019. Elle devrait signer un protocole d’accord en vue d’une coopération sino-suisse en Asie centrale qui confirmerait le propos du consultant genevois.

Selon Jocerand Duthoit, chaque Etat bénéficie donc d’avantages principalement économiques pour l’un, géopolitiques et diplomatiques pour l’autre. En revanche, les relations sino-suisses ont également des échos sur la scène internationale. Ainsi, l’analyste dresse une cartographie exhaustive des opportunités autour des relations sino-suisses, mais aussi des risques encourus par la Suisse. 

Le premier est un risque de réputation pour la Suisse. La Chine, bien que représentant un partenaire économique avantageux, reste un pays autoritaire qui ne respecte pas les droits de l’Homme (torture et peine de mort y sont encore pratiquées). 

Le deuxième risque est lié à la guerre économique et commerciale entre les États-Unis et la Chine. En entretenant des relations étroites avec la RPC, la Confédération Suisse s‘expose à une potentielle altération de ses relations avec les États-Unis. De même, l’Union européenne (UE) s’avère méfiante à l’égard des investissements chinois. Bien que proche de l’UE, la Suisse et ses relations avec la Chine risquent de refroidir ses rapports avec Bruxelles. 

En somme, l’analyste dresse un tableau exhaustif des formes que prennent les relations sino-suisses, leur évolution, les opportunités et les risques y afférents. Cet état des lieux est bienvenu, notamment au regard du contexte international où les États-Unis et la Chine s’affrontent sur un terrain économique glissant et où la Suisse fait le pari de jouer la carte de son principe fondateur qu’est la neutralité pour éviter toute sorte de représailles. 

Retrouvez la totalité de l’article « Les relations sino-suisses : Economie contre Influence » de Jocerand Duthoit ici.

Source : Portail de l’IE

Berne veut échanger des données avec l’OTAN pour assurer la sécurité aérienne

La Suisse veut continuer d’échanger des données avec ses voisins pour surveiller son espace aérien. Elle devra toutefois passer à l’avenir par l‘OTAN. Le Conseil fédéral a soumis vendredi un projet en ce sens au Parlement. La neutralité n’est pas menacée, selon lui.

Les données concernant la situation aérienne civile en Europe sont indispensables pour assurer la sécurité de la Suisse. Elles permettent de mettre en alerte les Forces aériennes à temps et de recourir à d’éventuelles mesures de police aérienne, souligne le gouvernement.

Berne ne fournira pas non plus de données susceptibles d’avantager un État opposé à un tiers dans un conflit armé. L’accord comporte en outre une clause spéciale permettant à la Suisse de suspendre unilatéralement et à tout moment l’échange de données, pour une durée dont elle seule décide.

La transmission en Suisse des données se fera via l’Allemagne, qui s’est proposée, en tant qu’État membre de l’OTAN et pays voisin, à accomplir cette tâche. Elle est donc aussi associée à l’accord.

Source : 24 Heures

Les partis politiques suisses s’intéressent aux nouvelles techniques de communication digitale

Deux phénomènes numériques ont gagné en importance ces dernières années dans la vie politique suisse. Premièrement, l’utilisation de la vidéo comme aimant. La deuxième tendance lourde est celle du targeting mise en exergue en 2016 dans le contexte notamment du Brexit puis de l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Tous les partis présents sous la Coupole fédérale sauf le PBD nous ont indiqué utiliser le Big Data – notamment les outils proposés par Facebook Business Manager – pour cibler leur contenu promotionnel sur des utilisateurs précis.

A titre personnel, les élus fédéraux restent pour la plupart davantage en retrait sur Internet et les réseaux sociaux. Le compte Swiss Polytics qui publie des statistiques quotidiennes sur l’utilisation de Twitter – le réseau phare du débat politique – recense 141 parlementaires fédéraux abonnés à ce réseau sur 246.

Source : Le Temps